À 23 ans, Linesey BENOIT assume une mission peu commune : elle est jeune ambassadrice du climat en Guyane. À Cotonou, où elle participe aux conférences du Sommet Climate Chance Afrique 2025 aux côtés d’une élue territoriale, elle porte un message clair : la jeunesse guyanaise n’attend plus qu’on parle pour elle. Elle agit, se forme, et revendique sa place dans la décision publique.
« Je m'appelle Linesey BENOIT, j'ai 23 ans et je suis jeune ambassadrice du climat en Guyane. Je suis ici à Cotonou pour assister, aux côtés de la conseillère territoriale Madame Sherly ALCIN, aux conférences de Climate Chance Afrique 2025 », explique-t-elle.
Le réseau des jeunes ambassadeurs du climat en Guyane rassemble des jeunes âgés de 12 à 26 ans, engagés pour la protection de leur territoire. Au-delà de ce premier cercle, des référents climat plus expérimentés, au-delà de 26 ans, accompagnent le mouvement et assurent la transmission. L’objectif est simple, presque militant : créer une communauté durable de personnes qui partagent des valeurs communes et qui sont prêtes à se donner pour la Guyane, puis porter cette voix à l’international.
Sur le terrain, l’engagement est tout sauf symbolique. Les jeunes ambassadeurs sillonnent les 22 communes de Guyane pour sensibiliser les habitants, animer des sessions d’information, intervenir auprès des associations et même des institutions publiques. La collectivité territoriale de Guyane soutient ces démarches, ce qui permet d’organiser des actions concrètes et spécialisées.
Parmi les exemples cités par Linesey BENOIT : la protection des tortues marines. Les jeunes sont formés à comprendre les enjeux liés à la survie de ces espèces menacées, à identifier les sites de ponte et à apprendre comment les protéger. Ce n’est pas seulement de l’éducation environnementale : c’est déjà de la défense de biodiversité, opérationnelle, sur le terrain.
Mais l’action des jeunes ambassadeurs du climat ne se limite pas au littoral facile d’accès. La Guyane est un territoire immense, traversé par des fleuves, marqué par des communes enclavées et habité par des communautés autochtones. Aller vers ces jeunesses-là est un choix assumé. Les ambassadeurs se déplacent jusque dans l’intérieur du territoire, rencontrent les jeunes sur place, recueillent leurs préoccupations spécifiques et co-construisent les réponses. C’est une écologie ancrée dans le réel, pas une abstraction.
« On va aller auprès de toutes les communautés, même autochtones, dans les territoires de l'intérieur, puisque la Guyane, c'est un territoire qui a des communes un peu enclavées. On va à la rencontre des jeunes de ces milieux-là, et on a vraiment des échanges très constructifs sur leurs problématiques propres », raconte-t-elle.
Au-delà de l’action locale, il y a aussi une dimension de développement personnel assumée. Linesey décrit les jeunes ambassadeurs du climat comme une école. Une école où l’on apprend à prendre la parole, à défendre une idée, à exprimer des revendications face aux décideurs, sans complexe. Cette prise de parole ne reste pas théorique : en juin dernier, lors des Journées de l’adaptation au changement climatique à Cayenne, les jeunes ont pu directement interpeller les dirigeants et formuler leurs priorités. Et, selon elle, les autorités ont écouté.
Cette prise de parole est politique au sens noble : dire ce que l’on vit, ce que l’on voit, ce qui doit changer.
Le slogan du mouvement résume cet état d’esprit : « Une terre, une chance. À nous de jouer. À vous de jouer. »
À Cotonou, ce message prend une autre dimension. Il ne s’agit plus seulement de défendre la Guyane, territoire d’Amazonie française, riche en biodiversité et marqué par des inégalités territoriales. Il s’agit d’entrer dans une conversation globale : climat, justice, adaptation, transmission.
Pour Linesey Benoit, l’étape suivante est évidente : internationaliser le modèle. Les jeunes ambassadeurs du climat de Guyane veulent désormais partager leur expérience, échanger des méthodes et inspirer d’autres jeunesses ailleurs. La cause est locale, l’ambition est mondiale.
Et le message, lui, est frontal : préserver son territoire n’est pas un luxe, c’est une responsabilité collective.