Réunis le mercredi 2 septembre 2026 à l’Université de Lomé, autorités togolaises, experts médicaux, ONG et industriels ont finalisé un projet d’arrêté interministériel. Objectif : interdire la production et l’importation de peintures contenant plus de 90 ppm de plomb, afin d’enrayer une contamination infantile aux séquelles cognitives irréversibles. 

 

Une bombe à retardement sanitaire au cœur des foyers

Le constat clinique est sans appel : pour l’organisme humain, le seuil de tolérance au plomb est nul. Pourtant, au Togo, ce métal lourd demeure largement présent sur les murs des habitations, les salles de classe et les espaces urbains. 

Les données techniques rappelées lors de la rencontre soulignent l'urgence du problème : selon les analyses de référence menées dans le pays, 30 % des peintures échantillonnées dépassent la limite recommandée de 90 parties par million (ppm), avec des pics critiques atteignant plus de 10 000 ppm. Face à cette exposition passive, les enfants paient le plus lourd tribut. 

Ce mercredi 2 septembre 2026, la salle Professeur Gbeassor de la Présidence de l’Université de Lomé a servi de cadre à un atelier de concertation multipartite décisif. Organisé par le ministère de l’Environnement avec l’appui de l’ONG internationale Lead Exposure Elimination Project (LEEP), ce rendez-vous a rassemblé ministères sectoriels, fabricants de peinture, chimistes, universitaires et organisations de la société civile pour acter une réponse réglementaire définitive. 

 « Le plomb ne connaît pas de seuil d'exposition sans danger. Chez l'enfant, il frappe un cerveau en plein développement : ce n'est donc pas une exposition qu'il faut soigner, c'est une exposition qu'il faut prévenir. » Directrice des Partenariats Régionaux de l'ONG LEEP

Figure 1 : Séance de présentation du Consultant

 

Cerveau en péril : l'alerte sans détour des scientifiques

Médecin de santé publique au Centre de formation et de recherche en santé publique (CFRSP) de l'Université de Lomé, le Dr Gilbert Agbetoglo a exposé devant l’assemblée les mécanismes insidieux du saturnisme. En phase de croissance, l'organisme infantile absorbe le plomb à un rythme alarmant. 

 « Les enfants absorbent quatre à cinq fois plus de plomb qu'un adulte. Ce métal lourd hypothèque l'avenir de notre jeunesse en altérant le développement cérébral, en provoquant des baisses irréversibles du quotient intellectuel et des troubles sévères du comportement », a rappelé le consultant scientifique. 

Le spécialiste a également pointé les risques dramatiques chez la femme enceinte, où l'intoxication induit des anémies sévères, des malformations congénitales et des pertes fœtales. Au-delà du bâti, l'étude a mis en lumière la multiplicité des sources d'exposition au Togo : zones de décharges, ustensiles de cuisine artisanaux et réfection scolaire de tableaux noirs à la peinture au plomb. 

 

Un arrêté interministériel pour verrouiller le marché

Pour fermer la porte à ce contaminant, le Togo a choisi l'arme juridique. Le projet d’arrêté interministériel débattu et amendé lors de l'atelier vise à régir de manière contraignante la fabrication, l'importation et la commercialisation des peintures et vernis sur l'ensemble du territoire national. 

Cette démarche concrétise l'internalisation de la réglementation communautaire de la CEDEAO adoptée en 2023, qui impose la norme ECOSTAND 092 et plafonne la teneur en plomb à 90 ppm. 

Pour le Directeur de l’Environnement, l’adoption de ce cadre est à la fois une exigence éthique et une nécessité économique : 

 « En agissant aujourd’hui pour limiter la teneur en plomb, nous ne faisons pas que réguler un produit industriel : nous protégeons le potentiel intellectuel et physique des générations futures. Le Togo doit impérativement harmoniser ses lois afin de garantir des produits sûrs et éviter que notre pays ne devienne un déversoir de produits dangereux interdits ailleurs. » 

Figure 2: A gauche Mme la Directrice des Partenariats Régionaux de l’ONG LEEP et à droite M. le Directeur de l'Environnement

 

Accompagner l'industrie et éveiller les consciences

Loin d'une décision unilatérale, la démarche privilégie une transition concertée avec le tissu productif local. Les entreprises togolaises de peinture devront reformuler leurs compositions chimiques en substituant les pigments et siccatifs au plomb par des alternatives non toxiques déjà viables sur le marché. L’ONG LEEP s'est d'ailleurs engagée à fournir un appui technique direct aux industriels prêts à franchir le pas. 

Sur le terrain, les professionnels de la construction accueillent la mesure avec soulagement mais appellent à un suivi rigoureux. « Cet arrêté est une mesure salutaire, mais ce texte ne doit pas rester dans les tiroirs », insiste un participant urbaniste. Selon lui, le texte devra faire l'objet d'une vulgarisation massive auprès des artisans peintres, des entreprises du bâtiment et des ménages. 

Le Dr Agbetoglo préconise quant à lui de cartographier précisément les zones nationales à risque et de doter les laboratoires d'équipements certifiés afin de systématiser le dépistage de la plombémie chez les jeunes enfants présentant des retards de développement. En scellant ce consensus entre l'État, la communauté scientifique et les industriels, le Togo pose le premier jalon concret d'un espace de vie durable, affranchi de tout résidu toxique.

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la rédaction